Le cimetière de l'Est à Metz

Publié le par Anna K.

Au début du XIXème siècle, Metz posséde déjà plusieurs cimetières. Mais les médecins, magistrats, philosophes et hommes d'église commence à déplorer l'insalubrité de ces nécropoles qui sont situées dans l'enceinte de la ville, autour des églises.

Les récriminations visent surtout le cimetière du Pontiffroy installé sur les berges de la Moselle. Il est trop petit et l'entassement des cadavres répand une odeur infecte, les vapeurs putrides altèrent la santé des habitants, leur occasionnant des maladies dangereuses difficiles à guérir et même la mort.

En 1829, Marie-Lucien Silly, Inspecteur de la Voirie de Metz, constate lui aussi que les cimetières de Metz sont insuffisants et que les familles sont bouleversées chaque fois qu'on est obligé d'enlever les pierres tumulaires pour réutiliser les fosses. Il achète donc un grand terrain de deux hectares et 56 ares, hors des murs de la ville de Metz, le fait clore, fait construire une maison de gardien et propose à la ville de Metz le marché suivant : il fait donation de son cimetière privé à la ville sous réserve que, pendant 80 ans, lui et ses héritiers pourraient y vendre à leur profit exclusif des concessions, soit perpétuelles soit temporaires.

Le maire est perplexe, mais il est tenté. Il consulte le préfet qui le met en garde en mars 1830 : il peut y avoir des inhumations sur des propriétés privées, mais il ne peut pas y avoir d'autres cimetières que communaux. Et le 26 septembre 1832, le ministre du commerce et des travaux publics, le comte d'Argout, est encore plus ferme dans son refus : il parle de violation du décret de Prairial puisque, dans ce projet, la ville de Metz ne serait que le prête-nom de Silly, qui profiterait seul des avantages financiers des concessions au détriment du bureau de bienfaisance et des caisses de la municipalité.

En 1832, le choléra fait rage à Metz. Il oblige la municipalité à prendre une décision. Dans le même temps, Silly, contrarié dans son projet, n'a plus alors qu'à vendre à la ville son placement miracle. La ville est pressée d'aboutir après le coup de semonce du choléra et elle n'est pas trop regardante sur le prix, d'autant qu'elle achète un terrain tout aménagé.

La formule du cimetière privatif, déjà tout à fait exceptionnel en milieu rural est inacceptable en ville aux termes de la loi : le cimetière est et doit rester un équipement communal pour l'équité et le bien de tous.

Depuis sa création, le cimetière a connu de nombreuses extensions et il atteint aujourd'hui une superficie de 17,5 hectares.

Plan offert par le cimetière
Son entrée principale est Rue du Roi Albert dans le quartier de Queuleu. Il s'articule autour d'un rond-point entouré de plusieurs sections : chaque section correspond à une période historique.

cimetière de l'est - morgue cimetière de l'est - entrée Cimetière de l'est - maison du gardien

Les sections les plus intéressantes sont ACE-ACS-ACN-ACO ; ce sont les plus anciennes : XIXème siécle. Le temps a fait son oeuvre : les familles ont disparu, les tombes sont à l'abandon, la mauvaise herbe a poussé ...

Cimetière de l'est - Tombes Cimetière de l'est - Tombes
Cimetière de l'est - Tombes

On y trouve une centaine de monuments funéraires qui ont un intérêt historique ou artistique.

Cimetière de l'est - Tombes Cimetière de l'est - Tombes
Cimetière de l'est - Tombes

Les styles les plus illustrés sont le néo-antique (égyptien, grec et romain) et le néo-médiéval (roman, gothique, flamboyant).

Cimetière de l'est - Chapelles Cimetière de l'est - Chapelles

Les monuments - stelles, chapelles, statues - sont en calcaire ou en pierre de Jaumont.

Cimetière de l'est - Chapelles Cimetière de l'est - Chapelles

On y croise de magnifiques vitraux :

Cimetière de l'est - Vitraux Cimetière de l'est - Vitraux
Cimetière de l'est - Vitraux

Il est intéressant d'étudier les noms et dates gravés sur les pierres tombales :
  • On note les noms aux sonorités françaises des grandes familles messines jusqu'à l'annexion remplacés ensuite par les noms à consonnance germanique.
  • de même, on remarque le taux élevé de mortalité infantile.
En 1834, il n'existait qu'une entrée, celle de la rue du Roi Albert. La seconde, avenue de Strasbourg, ne fut percée qu'en 1864, elle était réservée aux Protestants : leur section de cimetière donnée sur cette rue. Jusqu'à cette date, ils n'avaient pas de cimetière où enterrer leurs morts sur Metz.

Le colombarium, plus récent, sans poésie, se situe dans cette partie du cimetière.

Les sections B-C-D-E-F-G-H-U-R-I-O-L-H regroupent les tombes du XXème siècle, davantage fleuries, mais à l'architecture plus ordinaire : stelle et dalle.
Une anecdote : dans les années 1950, les quartiers généraux de la 1re Division aérienne du Canada étaient situés à Metz, beaucoup de militaires habitaient avec leur famille dans la ville et ses alentours. Plusieurs Canadiens ont été inhumés dans le cimetière de l'Est.
Cependant, au fil du temps, leurs tombes ont disparu. En 2003, le Canada a négocié avec la Ville de Metz pour ériger un monument commémoratif et pour en assurer l'entretien au cours des 50 années suivantes.
Les noms des enfants qui ont été inhumés dans le cimetière, ainsi que ceux d'autres Canadiens dont la tombe n'a pas été retrouvée, sont gravés sur ce monument.

Plus au fond à droite (sections P-T-S...), on trouve les tombes récentes : propres, décorées, entretenues, rutilantes. On voit apparaître des noms de toutes origines et confessions et encore tristement des tombes d'enfants. Une porte a été ouverte sur la rue Baudoche pour y accèder.

Le carré historique du cimetère de l'Est a été inscrit aux monuments historiques le 29 juillet 2003

Publié dans Terre de Patrimoine

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Jean Michel 18/01/2009 12:17

Coucou Annak tes articles sont vraiment d'une qualité... félicitation, merci pour ton aide pour mon problème de marge, bin j'ai coupé la poire en deux pour un affichage à peut prêt ... Grrr pour IE comme d'habitude passe un bon dimanche en famille gros bisous:)

Le Chevalier Dauphinois 18/01/2009 07:35

Cette "anecdote" sur l'entrée des Protestant est intéressante. Cette séparation des 2 religions (qui me semblent si proche) et les limitations des droits dans notre république égalitaire" sont représentative de heurts depuis des siècles....... Pourtant Henri IV avait tenté une osmose (il me semble mais point médiéval cela est).

Le chevalier Dauphinois 16/11/2008 16:04

Il y a moults années, il y avait une revue d'images nommée "Double Page" que je feuilletais avec délectation. Et un mois, il y eut un article sur les cimetières.
J'avais depuis pris un certain plaisir (hooo) à errer à la recherche de photos de détails.... Et puis, il y avait des ballets entres les chats et les oiseaux.
.... Il y a une vie incroyable dans ces lieux (heu... je devrais me relire quand j'écris .....).

Anna K. 19/11/2008 16:12


Je trouve aussi passionnant de se promener dans les cimétières, comme tu dis, il y a toute une vie ... ces dates, ces noms, ça invite à l'imagination : qui étaient-ils ? que s'est-il passé ?