L'antagonisme Metz-Nancy

Publié le par Anna K.

Tous les Lorrains le savent : il existe une vraie rivalité entre Metz et Nancy, qui va bien au delà des derbys de football et des partis pris.

De fait, deux agglomérations de même importance, situées à 60 kilomètres l'une de l'autre le long de la même vallée, au coeur d'une même région, ne peuvent être que concurrentes en termes d'influences politique et économique.

Mais entre Metz et Nancy, il y a bien plus que cela. Ce sont deux villes que tout oppose :

L'architecture : Il suffit de se promener dans les rues de chaque cité pour constater cette opposition.

Metz est une ville étendue, la plus importante réserve foncière de France, aux bâtiments hauts et imposants, issus d'un passé riche, avec de nombreux espaces libres.
Nancy est une ville plus étriquée, malgré quelques places magnifiques, enfermée dans une banlieue dense, avec des batiments de quelques étages, comme une petite ville de province qui aurait trop vite grandi.
A Metz, les rues sont étroites et sinueuses, à Nancy, elles sont plus larges et sont alignées selon un quadrillage parfait.
Et ce que montre cette opposition architecturale, c'est avant tout deux histoires très différentes.
La Porte Serpenoise

L'histoire : L'antagonisme de Metz envers ses voisins du sud remonte à très loin, avant même la fondation de Nancy.

Sous l'empire Romain, les Médiomatrices, peuple gallo-romain de Metz, trouvaient toujours un prétexte pour aller faire un petit raid dévastateur chez leur rivale marchande Scarpone, ville aujourd'hui disparue et qui était située sur le territoire de l'actuelle Dieulouard, à une vingtaine de kilomètres au nord de Nancy.

De grande cité de l'empire Romain, Metz est devenue, au cours des siècles, capitale du royaume d'Austrasie puis une importante ville libre du Saint Empire Germanique, avant de revenir à la France, au sein des Trois Evêchés, suite aux traités de Westphalie en 1648.

Nancy fut fondée au 11ème siècle par la volonté du tout récent duc de Lorraine, Gérard d'Alsace. La ville grandit petit à petit autour du château ducal et tomba en 1766 dans l'escarcelle de Louis XV, à la mort de son beau-père Stanislas Lecszcynski, roi de Pologne déchu qui avait reçu le duché de Lorraine en viager.

Jusque là, l'histoire de chacune des deux villes, si différente, au sein de deux pays étrangers, s'était déroulée dans une presque indifférence mutuelle, si l'on excepte les quelques tentatives des ducs de Lorraine pour s'approprier leur riche voisine du nord lors de divers sièges au cours des siècles.

Metz et Nancy avaient mené leur destin chacun de leur coté. Mais c'est avec le 19ème siècle que tout va changer. Les réformes administratives entamées par Napoléon 1er et poursuivies tout au long du siècle vont donner une place dominante à Nancy.

En effet, les différents découpages administratifs plaçaient Nancy en plein centre d'un territoire entre Champagne et Alsace. De plus, le pouvoir central, méfiant envers la bourgeoisie des vieilles cités marchandes, préférait installer son pouvoir déconcentré dans des villes plus "sûres" et favorisait ainsi des villes comme Rennes plutôt que Nantes ou Aix plutôt que Marseille et donc Nancy plutôt que Metz. On vit donc la cour d'appel de justice s'installer dans l'ancienne capitale ducale, de même que le Rectorat (même si Metz fut siège d'académie sous Napoléon 1er, avec le rattachement des départements des Ardennes et des Forêts- Le Luxembourg.), bien que Nancy fut à l'époque une ville beaucoup moins peuplée et renommée que Metz. la Porte Stanislas

Mais l'évènement qui devait exacerber la rivalité entre les deux villes fut la guerre de 1870-71 contre la Prusse. Metz annexée, une grande partie de l'élite politique, intellectuelle et économique de la ville partit s'exiler dans la ville d'à côté. Les deux villes étant situées dorénavant de chaque coté de la frontière, elles devinrent les symboles d'une lutte d'influence entre les deux pouvoirs en place, chacun cherchant à embellir et à éblouir son voisin et ennemi et affirmer sa supériorité économique et intellectuelle.

Tandis que le Kaizer entreprenait de grands travaux à Metz, avec une gare monumentale comme centre d'une nouvelle ville, Nancy, promue capitale de l'Est de facto voyait sa population passer de 50.000 à 110.000 habitants en quelques décennies et devenait un centre économique et artistique de renom, de même que le fief des idées ultra nationalistes portées notamment par Maurice Barrès. Entre les lorrains restés à Metz se présentant comme des résistants et ceux partis à Nancy s'affichant comme patriotes, la haine s'installa.

A l'armistice de 1918, Metz redevenue française ne reconnaît plus sa voisine du sud. Les équilibres ont changé. Si Metz reproche à Nancy d'avoir profité de son malheur pour se développer, à Nancy on ne tient pas à lâcher quoi que ce soit à une ville de "boches", où on va même jusqu'à avoir deux jours fériés de plus et où on suit des cours de religion dans l'école de la République. Dès lors, la politique locale de part et d'autres se limitera souvent à empêcher la ville rivale d'obtenir un quelconque avantage.

Il faudra ainsi attendre les années 1970 pour que Metz obtienne son université malgré le lobbying actif de Nancy contre cette décision. De même, les élus mosellans feront peser de tout leur poids pour que l'autoroute A4 passe au nord de Metz.

Plus récemment, la bataille a fait rage pour l'emplacement de l'aéroport régional et de la gare TGV, finalement construits sur les champs de betteraves d'un village situé entre les deux villes, et Nancy a obtenu de haute lutte les infrastructures hospitalières régionales. Néanmoins, le plus gros coup de semonce pour les nancéens a sans doute été le choix, en 1972, d'attribuer le siège du conseil régional à Metz..

Aujourd'hui, les luttes d'influence se situent sur un plan qui va bien au delà des limites de la région. Metz s'est résolument tournée vers l'espace économique Sar-Lor-Lux, situé en plein coeur de la "Banane Bleue", tandis que Nancy tente de promouvoir un espace économique et financier Grand Est dont elle serait le centre. Les deux villes se tournent le dos à nouveau, elles n'auront finalement convergé que dans les rancoeurs, à un moment douloureux de l'histoire.

Cette rivalité si profonde, le reste du pays - la "France de l'intérieur" - la constate dans les médias lors des matches de foot qui dégènèrent souvent. Il suffit de regarder les maillots des deux équipes pour comprendre : le FC Metz porte la Croix de Lorraine alors que l'AS Nancy arbore le chardon. Même sur les symboles de la région, Metz et Nancy ne peuvent pas s'entendre.

Publié dans Terre d'Exception

Commenter cet article

hjouba 04/03/2009 10:41

hé oui! une vieille histoire de rivalités