Les mosellans prisonniers de guerre en URSS

Publié le par Anna K.

Dès le mois d'Avril 1943, les autorités soviétiques savaient que, dans les régiments allemands, figuraient des incoporés de force, qu'elles incitèrent, par des tracts, à déserter.

Pourtant, ceux qui se rendirent à l'Armée Rouge furent considérés comme prisonniers de guerre et non comme des alliés libérés. En effet, l'accueil des Soviétiques fut moins chaleureux que le laissaient entendre les appels ou émissions radio.

Les problèmes d'identification linguistique des Mosellans, l'absence de critères de distinction (manque de papiers) et les cas d'ursurpation d'identité de soldats allemands contibuèrent à l'amalgame entre prisonniers.

Certains furent envoyés dans une unité de partisans, d'autres - ce fut la majorité - passèrent de camps en camps avant d'être dirigés vers le camp de Tambow où, à partir de 1943, on concentra les Malgré-nous.

Les camps de prisonniers de guerre en URSS en 1944

D'autres camps aux conditions de vie similaires ont accueilli des détenus, on les évalue à une centaine, dont :
  • Sevan en Arménie
  • Majaisk ou Vitebsk en Russie
  • Tiraspol en Bessarabie.
Le froid (-30° en hiver), les travaux exténuants, les mauvaises conditions d'hygiène et la sous-alimentation furent les facteurs directs de l'hécatombe qui frappa les détenus :
  • 1/4 fut atteint du typhus,
  • 15% de la tuberculose,
  • dysentrie,
  • pneumonie,
  • pleurésie.
Les historiens estiment que près de 5.000 alsaciens-Mosellans (sur 12.000) sont morts à Tambow. Ce chiffre ne tient pas compte de ceux qui ont été tués au moment de leur capture, pendant les transports et dans les autres camps.

De longues négociations franco-soviétiques permirent, pourtant, de libérer un contingent de prisonniers Alsaciens-Mosellans du camp de Tambow : en juillet 1944, 1500 Malgré-nous furent libérés, transitèrent par Téhéran et Alger, puis choisirent souvent de participer à des unités combattantes.

A partir d'août 1944, on se désintéressa du sort des autres Malgré-nous, prisonniers des Russes.

Au fil de la décennie 1945-1955, les derniers captifs rentrèrent au compte-goutte. Au vu de nombre officiel de ces rapatriements, il manquait encore à l'appel de nombreux mosellans. On estimait en 1948 que :
  • 17% des Mosellans incorporés de force dans la Wehrmacht étaient officiellement déclarés morts,
  • 4 % amputés ou gravement blessés
  • 10 % disparus.

Publié dans Terre de Migrations

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JM de Guadeloupe 06/06/2012 08:12

Commentaires

Articles intéressants où l’absence de références – ou du moins d’une courte bibliographie - reste dommageable pour des investigations plus précises.

Par ailleurs pourriez-vous signaler les distinctions qu’il faut faire entre « insoumis », « réfractaires » et « déserteurs » qui ne sont pas synonymes s’agissant du comportement de ces jeunes
mosellans de la classe 24 par exemple, qui mettant à profit leur retour du RAD ne rejoignent pas leur affectation dans la Wehrmacht, restent cachés en zone annexée pendant plusieurs mois chez des
amis résistants qu’ils secondent dans leurs activités, puis avec le reflux des Allemands s’engagent dans l’armée française lors de la libération.
Il est à noté que la France ne leur a reconnu aucun statut officiel, ni de résistant, ni de Malgré-Nous, ni d’Anciens combattants – du moins durant leur vivant … puisque en 2008 certains questions
concernant la situation de ces patriotes étaient encore à l’ordre du jour à l’Assemblée Nationale !

Il semblerait qu’il fut plus facile « d’oublier » dès la fin des hostilités les compromissions des élites, la collaboration active des responsables économiques, la délation encouragée chez tous et
trop souvent pratiquée, les exactions de la Milice et tous les abus des séides zélés issus de la police de la magistrature et autres grands services de « l’Etat français » …
Mais De Gaulle ne l’a-t-il pas répété à satiété : « il faut reconstruire la France » !
Alors tant pis pour les humbles et les obscurs puisque :
« Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ».

Tietie007 16/12/2008 14:28

Staline traitant déjà mal ses propres soldats, il est clair que ça devait être pire pour les soldats ennemis !

stella:0040: 04/12/2008 09:24

Je suis complètement bluffée par tes articles, où glanes-tu toutes ces infos ?
Bien sûr je ne suis pas de ta région, je pourrais raconter certaines choses sur la mienne mais pas avec autant de précision.
Bravo ma chère Anna pour ce travail.
Bonne journée

Anna K. 07/12/2008 09:44


Ma mère est passionnée de Lorraine et mon frère d'histoire, il ne me reste plus qu'à piocher dans leur bibliothèque :)
Et ces histoires sont très présentes dans la mémoire des mosellans, ça a beaucoup marqué la région.


Violette la Dame Mauve 03/12/2008 01:21

Mon père était prisonnier en Russie enrolés de force dans l'armée allemande une "malgré nous" comme beaucoup de lorrains et alsaciens comme lui. Il en est revenu grâce à une mandoline. Il jouait dans les fêtes russes et cela lui a permis d'un peu moins souffrir de la peur d'être exécuté et de la maltraitance.
Bonne nuit.

Anna K. 07/12/2008 09:23


Il aurait dû écrire ses mémoires, mais à l'époque il ne fallait pas en parler :(


houba 02/12/2008 22:34

intéressant ton article et bonne idée ces liens successif!on voit qu'on a affaire à une pro.merci pour le comm sur mon article joyeux noel je teste...